Un petit peu d’une citoyenne Américaine

par épiquevictoire

Sans un très grand facteur de surprise, mon sujet du jour sera donc : les élections US de cette semaine. Je sais que vous n’en pouvez plus de n’entendre QUE ÇA à la radio ou la TV française (et oui je continue à suivre les médias français même à l’autre bout du monde) et que, même en essayant très très fort, vous n’avez pas pu y échapper. Malgré ce facteur de répétition, il me semblait important, voire essentiel étant donné ce que je viens de vivre, de vous apporter ma vision et ma perspective personnelle sur ces évènements.

Tout d’abord, abordons un sujet qui semble clé lors d’une élection aux États-Unis : la participation. C’est en effet un sujet problématique. Pour comparer, tandis qu’en France en 2012 l’abstention était autour de 20% lors des deux tours, ici elle se trouve généralement autour de 40-50%. Le plus déroutant étant que les médias ne le mentionnent pas, il est impossible de trouver le chiffre exact de l’abstention pour les élections de 2012 alors qu’en France, il s’agit d’une obsession des journalistes dès la soirée électorale. Tout ça pour dire qu’une des plus grandes campagnes en période électorale est celle du pro-Vote. Qu’il s’agisse d’associations sur le campus qui vous aident à vous enregistrer sur les listes électorales (oui oui, il faut se « Register » à chaque élection au États-Unis), de panneaux publicitaires, de spots publicitaires avec des acteurs ou des présentateurs des divers Late Shows, tous vous encouragent simplement à aller voter.

Ensuite, plusieurs mois avant les élections (presque dès mon arrivée pour être exacte), j’ai vu les élections ENVAHIR mon environnement. J’ai mentionné les messages pour le Vote? Imaginez un volume de messages BEAUCOUP plus conséquent pour (et surtout contre) chaque candidat, ainsi que pour ou contre chaque proposition ou mesure. Le plus frappant au niveau du flot publicitaire politique est majoritairement la quantité de publicité négative envers le candidat opposé et c’est ainsi qu’aux États-Unis on tolère de rajouter une moustache Hitler au Président pour une publicité. Pour du contenu supplémentaire, je vous conseille The Living Room Candidate si vous voulez visionner des publicités de candidats aux différentes présidentielles.

Aussi, aux États-Unis, on a pas peur d’afficher ses positions politiques et on se retrouve facilement avec 5-6 pancartes plantées dans son jardin suivant les propositions et mesures qu’on soutient. Et oui, là est le piège. La chose que la plupart des français ignorent car les médias français l’occultent magnifiquement et qui, selon moi – fine analyste politique, explique aussi les terrifiants taux d’abstention. Suspens. Scandale. Horreur! Puisque vous voulez tout savoir, le 6 Novembre dernier, les américains n’ont pas simplement élu The President of ZE United States of America, ils ont aussi voté pour des dizaines et des dizaines de choses. Ces « choses » c’est ce qu’en France on pourrait appeler des référendums. Des référendums qui concernent alors BEAUCOUP de choses. Pour donner l’exemple que j’ai vécu, celui de Berkeley, la Californie toute entière a voté pour 11 Propositions (soit les Prop 30 à 40) et le conté de d’Alameda, dont Berkeley fait partie, a voté 22 Measures. Soit 33 sujets (en plus du président, du sénateur, du parlementaire, de responsables municipaux, de responsables des écoles du conté) à voter le même jour. Les propositions concernants des sujets aussi vastes que les taxes, l’éducation, la peine de mort, l’assurance des voitures, le système pénal et judiciaire, l’étiquetage des aliments… Ce qui explique, selon moi, une grande part de la confusion des électeurs américains qui ont donc plus tendance que les votants français à ne pas se déplacer jusqu’aux « Polling Stations« . Pour donner quelques exemples des grandes mesures qui ont été votées lors de ces élections: le Maryland, le Maine ont légalisé le mariage gay tandis que le Minnesota a refusé une loi qui l’aurait interdit ; le Colorado, Wasington ont légalisé un usage récréatif du Cannabis ; alors que le Masachussetts reste indécis sur le vote de l’euthanasie et que la Californie a refusé l’abolition de la peine de mort.

Pour aborder la « folie » du D-Day, la pression a plus ou moins monté tout au long de la journée. Les stickers « I Voted » ont envahi le campus sur les t-shirt des étudiants, et tout le monde n’avait qu’un seul sujet de conversation. Assez hypocritement au début de ma journée de travail, personne n’osait exprimer sa préférence pour Obama ou Romney quant au résultat du soir (ou tout bas, en chuchotant), puis, la fin de la journée ressemblait à de nombreux refresh des résultats sur internet et à des cris de joie ou déception dans tout le magasin.

À Berkeley, un écran géant avait été mis en place dès le début de l’après-midi avec les premiers pronostics et résultats tandis que j’ai passé la soirée chez @stephane (sur Twitter) entre frenchies majoritairement, quelques tranches de fromage et de saucisson. Pour résumer brièvement le système politique américain, le président n’est pas élu par le « vote populaire » comme en France, il est élu par le nombre de « counties » qu’il obtient, sachant qu’il y a un nombre déterminé de contés par État. La Californie a 55 contés tandis que le Montana en a 3, ceci détermine donc le « poids » (ou nombre de voix) d’un État et le candidat présidentiel doit obtenir 270 voix.

Le facteur stress est hautement plus présent aux États-Unis qu’en France. Alors qu’en France, l’attente des résultats jusqu’à 20h est la règle d’or, ici, aucune obligation d’attente de la fermeture des bureaux de votes et, de plus, les médias font partager les résultats Conté par Conté, État par État. Il faut donc savoir qu’à 16h30-17h, heure Californienne (19h30-20h East Coast), les premiers résultats des États de la côte Est ont commencé à être révélé. Et plus le temps avançait, avec les fuseaux horaires, plus des résultats étaient dévoilés. La chose à remarquer est que (carte ci-dessous à l’appui), à l’Est/Centre les États sont majoritairement Républicains (en Rouge) et les États de la côte Ouest sont Démocrates (Bleu). Ainsi, alors que les premiers résultats arrivent, Romney avait une large majorité, alors qu’Obama l’a largement rattrapé à 20h, avec le dévoilement des résultats de la Californie et ses voisins.

 © photo: Stéphane

 © photo: Huffington Post Election Dashboard

Enfin, je souhaitais vous faire un petit débrief de nos amis des « Internets« . En effet, alors que l’élection de 2008 a marqué l’entrée des réseaux sociaux dans les campagnes présidentielles, l’élection de 2012 a battu tous les records. Les résultats de l’élection étaient retransmis en direct sur TOUS les sites journalistiques avec divers graphiques, cartes et compagnie pendant que le journaliste sur CNN jouait avec un écran tactile géant. En addition de ces joujoux pour suivre les résultats, des outils des réseaux sociaux ont aussi été exploités pendant l’Election Day. Tout d’abord, Foursquare avait lancé son election.foursquare.com, sachant que chaque « Check-In » dans un bureau de vote rapportait un badge « I voted » et servait à construire leur carte intéractive. Aussi, NBC a mis en place son Electiongrams, chaque photo prise sur Instagram avec le hashtag #NBCPOLITICS le 6 Novembre a alors été répertoriée sur le site avec sa localisation. Enfin, parlons record et Twitter. Le premier tweet post-résultats d’Obama a alors été le Tweet le plus Retweeté de l’histoire de Twitter avec plus de 800’000 RT à l’heure actuelle (je sais que ça vous fait rêver) alors que les Élections ont été le sujet le plus tweeté EVER (31Millions de tweets mardi sur l’élection). (beaucoup trop de tw- dans cette phrase)

 

Voilà donc pour le petit débrief de mon Election Day, j’espère que tout ceci vous aura aidé à comprendre tout ceci autant que la « révélation » que j’ai eu en vivant ce jour en live.